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"Fantastique. Excellent travail. Félicitations."
Hans-Hermann Hoppe, auteur de 'Démocratie, le Dieu qui a échoué '

La foi en la démocratie

Bien que la crise de la démocratie soit un fait assez largement reconnu, il n'y a pratiquement aucune critique du système démocratique lui-même. Il n'y a pratiquement personne pour condamner la démocratie pour les problèmes auxquels nous faisons face. Les hommes politiques — qu'ils soient de droite, de gauche, ou du centre — promettent sans cesse de résoudre nos problèmes non grâce à moins de démocratie, mais grâce à davantage de démocratie. Ils promettent d'écouter le peuple et de placer l'intérêt général au-dessus des intérêts particuliers. Ils promettent de réduire la bureaucratie, de devenir transparents, de fournir de meilleurs services — en somme, de faire en sorte que le système fonctionne à nouveau. Mais ils ne remettent jamais en question la désirabilité du système démocratique lui-même. Ils auraient davantage tendance à affirmer que nos problèmes sont causés par un excès de liberté plutôt que par un excès de démocratie.

La seule différence entre les progressistes et les conservateurs est que les premiers sont enclins à se plaindre d'un excès de liberté économique tandis que les autres accusent surtout un excès de liberté civile. Et ce à une époque où il n'y a jamais eu autant de lois et que les impôts n'ont jamais été aussi élevés !

En réalité, la critique de l'idée démocratique est plus ou moins taboue dans nos sociétés occidentales. Vous avez le droit de critiquer l'application de la démocratie, ou de fustiger les dirigeants politiques ou les partis en place de nos jours — mais personne ne critique l'idéal démocratique en tant que tel.

Ce n'est pas exagéré de dire que la démocratie est devenue une religion — une religion moderne, séculaire. On pourrait la qualifier de plus grande croyance sur terre. Tous les pays au monde sauf onze — Myanmar, le Swaziland, le Vatican, et quelques nations arabes — déclarent être des démocraties, même s’ils ne le sont que de nom. La croyance en ce dieu de la démocratie est intimement liée à la vénération de l’État-nation démocratique qui a pris naissance au cours du XIXe siècle. Dieu et l'Église furent remplacés par l'État comme le Saint Père de la société. Les élections démocratiques sont le rituel par lequel nous prions l'État pour l'emploi, le logement, la nourriture, la sécurité et l'éducation. Nous avons une foi absolue en cet État démocratique. Nous croyons qu'Il peut s'occuper de tout. Il est celui qui récompense, qui juge ; il est l'esprit omniscient et le corps omnipotent. Nous attendons même de lui qu'il règle nos problèmes personnels et sociaux.

La beauté du Dieu Démocratie réside dans le fait qu'Il offre Sa bienveillance de manière complètement désintéressée. Comme Dieu, l'État n'a pas d'intérêt propre. Il est le gardien vénérable de l'intérêt général. Il ne coûte rien non plus. Il offre gratuitement du pain, du poisson, et d'autres faveurs.

Tout du moins, c'est ainsi que les gens le considèrent. La plupart des gens ont tendance à ne voir que les avantages offerts par l'État, et non les coûts. Une des raisons pour lesquelles il en est ainsi est que l'État collecte les impôts par de nombreuses voies indirectes et détournées — en exigeant que les entreprises collectent les impôts sur les ventes par exemple, ou en exigeant que les employeurs collectent les charges de sécurité sociale, ou en empruntant de l'argent sur les marchés financiers (un argent qui finira un jour par être remboursé par les contribuables) ou en faisant gonfler la masse monétaire — de façon à ce que les gens ne se rendent pas compte de la part de leurs revenus que l'État leur confisque en réalité. Une autre raison à cela est le fait que les actions de l'État sont visibles et tangibles, mais que toutes les choses qui auraient pu être réalisées et qui auraient effectivement été réalisées si le gouvernement n'avaient pas commencé par confisquer l'argent du peuple, ces choses, elles, restent invisibles.

La foi en la démocratie est devenue si inébranlable que pour la plupart des gens la démocratie représente tout ce qui est (politiquement) bon et moral. La démocratie est synonyme de liberté (tout le monde peut voter), d'égalité (chaque voix compte autant qu'une autre), de justice (tous les électeurs sont égaux), d'unité (nous choisissons tous ensemble), et de paix (les démocraties ne se lancent jamais dans des guerres injustes). De ce point de vue, la seule alternative à la démocratie est la dictature. Et la dictature, bien évidemment, représente tout ce qu'il y a de mauvais : le manque de liberté, l'inégalité, la guerre, l'injustice.

Dans son célèbre essai daté de 1989 et intitulé La Fin de l'Histoire ?, le penseur néo-conservateur Francis Fukuyama a été jusqu'à déclarer que le système démocratique de l'Occident moderne représente l'apogée de l'évolution politique de l'humanité. Pour reprendre ses propres mots, nous assistons aujourd'hui à « l'universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme ultime du gouvernement humain ». Évidemment, seuls des esprits malfaisants (terroristes, fondamentalistes, fascistes) oseraient se prononcer contre une telle notion sacrée.